En coup de vent
L'été dernier... j'avais trouvé en petit hôtel au bord de la mer, pour être tranquille !...
Je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit !
Au petit jour, j'ai fait la valise, je suis allé voir le patron de l'hôtel. Je luis dis :
- Qu'est-ce-que c'est que votre hôtel ? Le voisin d'à côté n'a pas arrêté de siffler de la nuit.
- Ce n'est pas le voisin, c'est le vent !
- Les portes qui claquent ?
- C'est le vent !
- Ce n'est pas le vent qui faisait tout ce vacarme ?
- Si ! Chaque fois qu'il y a un coup de vent, il y a un élément de la maison qui s'en va !
- Vous le remplacez ?
- Ça coûterait trop cher... Pensez ! Un pan de mur, à l'heure actuelle, ça va chercher plusieurs milliers de francs.
- Légers ?
- Non, lourds ! Légers ?... Pensez... Avec le vent qu'il fait...
- Ça vous fait des chambres en moins, ça !
- Oui ! J'ai débuté ici avec cent chambres... Il m'en reste huit !
- Les clients ne doivent pas rester ?
- Non !... Un coup de vent et... pfuit... il y a un client qui s'en va ! Je perds en moyenne deux clients par nuit !
- Ils ne disent rien ?
- Non, ils sont soufflés ! D'ailleurs, vous êtes le premier client à prendre la porte... Tous les autres sont sortis par la fenêtre !
- Quand ils sortent par la fenêtre comme çà... ils ne vous paient pas ?
- Non, c'est du vol !
- Vous ne les poursuivez pas ?
- Les poursuivre ?... Avec le vent qu'il fait ! Ça mènerait trop loin !
- Il n'y en a pas qui reviennent ?
- Si ! Quelquefois... quand le vent tourne ! Ce sont des clients de passage.

Raymond Devos