Pierre Palmade : Pauvre Hervé !
Pauvre Hervé !

J'crois qu'on n'est pas grand chose finalement, ça prouve bien ce que j'ai dit.

Quand je pense que ce type était en pleine forme cinq minutes avant de glisser sur la serpillière et se fracasser la tête contre l'évier !

Il a eu chaud de nettoyer son carrelage, merde.

Tu sais ce que ça était mon premier réflexe ? J'ai brûlé toutes mes serpillières. Tu sais, on n'a pas de recul dans ces moments là…

Pauvre Hervé ! Et Chantal qui voulait divorcer…
Ah, tu n'étais pas au courant ?!
Si, si moi, je le savais, si. Enfin, elle m'en avait touché un mot, mais tu sais Chantal et moi, on est très…

Enfin, elle a bien fait d'attendre, quoi, c'est ça.

Tu sais s'il avait laissé un testament ?

Parce que je crois qu'il avait laissé pas mal d'argent de côté quand même.

Pour Chantal, c'est au moins ça.

C'est Chantal qui l'hérite ! Oui, c'est ça.
De tout ! Oui, c'est ça.

Pauvre Hervé ! Trente cinq ans, sportif et paf !!!

On croit toujours que ça arrive qu'aux autres et puis… le jour, où ça arrive aux autres, on se dit… pourvu que ça n'arrive qu'aux autres.

C'est la bonne qui l'a retrouvé dans la cuisine… Paraît qu'elle criait, qu'elle criait, on pouvait plus l'arrêter.
Ben, tu sais, les portugaises, elles crient très fort, mais, même, il paraît qu'elle en faisait un peu beaucoup.
Non, mais tu sais, je veux dire que c'était que la femme de ménage, quoi, je veux dire, elle ne faisait pas partie de la famille.
A moins qu'Hervé ait eu quelque chose avec elle, je ne sais pas…
Mais, tu sais, Hervé, de temps en temps, il ne s'empêchait pas quelques petites…
Oui, je ne vais pas parler de ça, ce n'est pas le moment.
Enfin, il avait ce petit… Vraiment, on n'en parle pas…

On était très proche avec Hervé, on se voyait souvent, on se rendait des services, il n'y avait aucun malaise.

Je lui ai prêté de l'argent récemment, pas beaucoup, mais, enfin, un peu, quoi.
Oh, ben, tu me connais, par délicatesse, je n'en parlerais pas à Chantal… Bo, to !
Pas avant trois quatre mois qu'elle finisse son deuil, et puis après, on verra…

Ah ben, le pauvre, il ne pouvait pas prévoir. Non ! Moi non plus, c'est sûr.

T'y vas aux obsèques ?
Oui, moi j'y vais, oui… Enfin, surtout pour Chantal, parce que moi ça me shshs, je déteste, ça me déprime complètement.

J'espère que je ne serais pas au fond comme la dernière fois, enfin pour la mère à Jean-Jacques :
Avec le micro du curé, j'entendais rien, je disais "Amen" n'importe quand.

T'y étais pas, toi, pour la mère à Jean-Jacques ?
Ah non ! Tu étais au ski, ah oui, c'est vrai !
C'était bien ! L'église était pleine.
Là, j'espère qu'il y aura du monde quand même, parce qu'une église à moitié vide c'est triste.
Quoi que, même pleine, ça va être triste aussi.
Non, mais, ce que je veux dire, ça fait toujours pluus vivant.
Sauf un qui fout l'ambiance par terre, évidemment.

Tu vois, ce qui est fou, c'est que Chantal elle disait toujours qu'Hervé, il foutait jamais les pieds dans la cuisine.
Ben, le jour où il en met un, dis donc !

Va pas falloir la laisser tomber Chantal. Va falloir l'entourer sérieusement.
Moi, je sais que c'est quand même ceux qui restent qui sont plus à plaindre finalement.
Parce qu'Hervé, bon, maintenant…

Moi je te dis, je ne la laisserais pas tomber.
En plus je me suis toujours senti très très proche de Chantal, beaucoup plus que lui, d'ailleurs.

Lui, c'est marrant, j'ai jamais vraiment…
Et on était d'accord d'ailleurs là dessus avec Chantal : il était chiant.
Et puis pas généreux, tu sais, pingre…
Le fric que je lui avais prêté, ça faisait quand même six mois que j'attendais qu'il me rembourse.
Alors imagine, par gentillesse j'en parle pas à Chantal, c'est pas le problème, je vais lui en parler…
Mais mon fric, pfft, tu comprends, alors c'est pour ça que, c'est surtout pour Chantal que je tiens à être là, présent ;
D'ailleurs, juste après les obsèques, je l'emmène une semaine aux Canaries : pour qu'elle fasse le point, qu'elle mette tout à plat…
Et je crois que ça va nous faire beaucoup de bien à tous les deux.

(c) Pierre Palmade