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Vivons heureux en attendant la mort   ( 1983 )
[ Prélude ] [ 1 : Chapitre chauve ] [ 2 : Chapitre vroum ] [ 3 : Chapitre plat ]
[ 4 : Chapitre sexe ] [ 5 : Chapitre fat ] [ 6 : Chapitre nul ] [ 7 : Chapitre star ]
[ 8 : Chapitre proche ] [ 9 : Chapitre beurk ] [ 10 : Chapitre pieux ]
[ 11 : Chapitre mort ] [ 12 : Chapitre vif ] [ 13 : Chapitre sourd ]
[ 14 : Chapitre pitre ] [ 15 : Chapitre quinze ] [ 16 : Chapitre vert ]
[ 17 : Chapitre plume ] [ 18 : Chapitre femmelle ] [ 19 : Chapitre fou ]
[ 20 : Chapitre fin ]
  1. Chapitre chauve. De toutes mes forces, de toute la force de mon coeur, de toute la force de mon âme, je hais les coiffeurs.
    J'ai horreur qu'un gominé à gourmette me chahute le cuir chevelu avec ses grosses papattes embagouzées aux ongles éclatants de vulgarité manucurale.
    J'ai horreur qu'un Brummel de gouttière me gerbe dans le cou le crachin postillonnant des réflexions de philosophie banlieusarde que lui inspirent sporadiquement la hausse du dollard, l'anus artificiel du pape, l'inappétence sexuelle de la fille Grimaldi, la montée de la violence dans les quartiers cosmopolites et l'indisciplime problématique de la raie de mon quoi ? De la raie de mon crâne.
    Car, à l'instar du pou, le coiffeur est un parasite du cheveu.
  2. Chapitre vroum Ste-Thérèse : Je veux quitter ce monde et fondre en ton amour. Emporte-moi, Seigneur, vers l'éternel séjour !
    Le chauffeur de taxi : Vous avez un itinéraire préféré ?
  3. Chapitre plat. C'est pas pour me vanter, mais il fait vraiment un temps à ne pas mettre un socialiste dehors.
    Même à Cannes, il fait un froid de poule, et à La Napoule un froid de canard.
    Ah, ce n'est vraiment pas un jour à courtiser la gueuse sous les portes cochères.
    Comme le dit judicieusement le vieux dicton berrichon : Frisquette en novembre, bistouquette en pente.
    Je décidai d'aller dîner chez Maxim's avec une espèce de vache normande que j'avais l'intention de traire le soir même pour me réchauffer la libido.
    En attendant le suprême vinaigrier aux écorces vermeilles - les carottes râpées, si vous préférez -, je me défonçais l'entendement au whisky d'une main, tandis que, de l'autre, j'agaçais un pis de la Blanchette qui broutait ses olives grecques en meuglant sobrement un discours météorologique consternant de banalité sans issue.
    Ayant atteint un degré de jovialité éthylique nettement au-dessus de ma moyenne habituelle, je décidai finalement de trombonner ma tête de bétail sans attendre la merveille écarlate dans son lit de pommes dorées à la bruxelloise ( la francfort-frites ).
    Observant un rite multimillénaire malheureusement tombé en désuétude dans les préludes amoureux contemporains, je commençais par écarter les autres mâles pissant autour de la table pour délimiter mon territoire :
    - Soyez mienne, maintenant, Priscilla, mon amour, dis-je au sac à bouse.
    Que le lecteur m'autorise à garder pour moi la fin de ce conte de fées finement nimbé de tendresse bucolique, mais enfin ma vie privée ne regarde que moi.
  4. Chapitre sexe. En revanche, ma vie publique regarde tout la monde. C'est pourquoi je me doit de vous narrer ma dernière partouze, chez la contesse Priscilla de Lorgasmonte.
    Je pétrissais une attachée d'ambassade anglophone qu'un ancien président du Conseil besognait gravement, en ahanant de rauques exclamations bestiales d'où il ressortait en clair que l'aboutissement de ces va-et-vient n'était plus qu'une question de minutes, et que ce bouquet final allait être marqué par un débordement torrentiel remarquable au point de reléguer conjointement dans l'oubli la rupture du barage de Fréjus et la grande crue de 1910.
  5. Chapitre fat. Je plains les gens petits. Ils sont les derniers à savoir quand il pleut. (Peter Ustinov)
    Ah ! cornegidouille, si j'était le bon Dieu ou Jaruzelski, si, au lieu d'être ce misérable bipède essentiellement composé de 65% d'eau et de 35% de bas morceaux, je détenai la Tout-Puissance Infinie, ah! avec quelle joie totale j'userais de ma divine volonté pour vous aplatir, vous réduire, vous écrabouiller, vous lyophiliser en poudre de perlimpinpin ou vous transformer en rasoirs jetables.
    Ah ! certes, vous êtes durs à jeter, mais qu'est-ce que vous rasez bien.
  6. Chapitre nul. Que l'Inoubliable Auteur soit l'écrivain le plus doué de sa génération, j'en suis personnellement convaincu.
    Et je ne doute pas qu'un jour la lecture de ses livres me confortera dans cette opinion.
    Je parle aussi des étudiants en lettres, j'en connais, dans ma propre famille, il y en a plein les coussins où ça ce vautre d'ennui en se goudronnant les poumons fumeux face à la télé blafarde d'où suinte inévitablement cette lugubre bouillie verbale de rock à la con écrite directement au balai de chiottes par des handicapés mentaux dont la poésie de fond de poubelle oscille périlleusement entre le bredouillis parkinsonien et la vomissure nauséeuse que viennent leur cracher à la gueule de feméliques débrits humains de vingt ans, agonisant précoces, les cheveux et le foie teints en vert par les abus d'alcool et de fines herbes, le tout avec la bénédiction sordide d'une intelligentsia crapoteuse systématiquement transie d'admiration béate pour tout ce qui ressemble de près ou de loin à de la merde.
  7. Chapitre star. "Les homme naissent libres et égaux en droits."
    Qu'on me pardonne, mais c'est une phrase que j'ai du mal à dire sans rire.
    Prenons une star, une belle star. Par sa beauté, cette femme n'est-elle pas un petit peu plus libre et un petit peu plus égale, dans le grand combat pous survivre, que la moyenne des homos sapiens, qui passent leur vie à se courir après la queue en attendant la mort ?
    Quel profond imbécile aurait l'outrecuidance de soutenir, au nom des grands principes révolutionnaires, que l'immond boubin trapu qui m'a collé une contredanse tout à l'heure possède les mêmes armes pour asseoir son bonheur terrestre que cette grande fille féline aux mille charmes troubles où l'oeil se pose et chancelle avec une bienveillante lubricité contenue ? ( difficilement contenue )
  8. Chapitre proche. Un bon voisin est un voisin mort.
    Diogène

    Qui baise trop bouffe un poil.
    Moi (1)

    (1) Cette seconde maxime est sans rapport avec ce chapitre, mais je la trouve d'une grande beautée formelle, et je ne savait pas où la caser.
  9. Chapitre beurk. où la haine transpire abondamment et où l'alexandrin fait figure de cul-de-jatte à côté de l'auteur dont le nombre de pieds qu'il a maintenant dans la tombe dépasse les bornes, l'entendement et, bien sûr, la douzaine.
    - Mexico, Mexiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii
    - Ta gueule !
    Les chanteurs, les racistes, les nazis, les connasses du MLF, les misogynes, les charcutiers, les végétariens, les boudins, les médecins sont haïssables.
    Et moi aussi. Si, si, n'insistez pas.

    J'en ai marre des chanteurs.

    Qu'est-ce que vous avez tous à chanter dans le poste ? Pourquoi ne faites vous pas de la peinture ?

    D'accord la peinture à l'huile c'est bien difficile, mais c'est bien plus beau que la chanson à l'eau de rose et que la rengaine à message.
    Sérieusement, pourquoi ne faites-vous pas de la peinture ?
    Même si vous n'êtes pas plus doués pour mélanger les couleurs que pour faire bouillir les bons sentiments, au moins, la peinture, ça ne fait pas de bruit.
    Vous n'imaginez pas, chers chanteurs, le nombre incroyable de gens, en France, qui n'en ont rien à secouer, de la chanson et des chanteurs.
    Moi qui vous parle, je vous jure que c'est vrai, je connais des gens normalement intelligents et parfaitement au fait de leur époque qui mènent des vies honnêtes et fructueuses sans vraiment savoir si Iglesias et Lavilliers sont des marques de lessive ou des pâtes aux oeufs frais.

    Allez, soyez sympa. Faites de la peinture. Ah ! Dieu m'étreigne, si tous les chanteurs du monde voulaient bien se donner le pinceau.

    Tenez, c'est simple, je suis prêt à faire un geste. Si vous vouliez nous le shunter une bonne fois pour toutes et vous mettre à la peinture, je m'engage solennellement à mettre à votre disposition l'immense fortune accumulée par ma famille pendant l'Occupation pour financer une radio libre rien que pour vous.
    Ce serait LA radio que des millions de français comme moi attendent en vain : ça s'appellerait Radio-Palette, elle vous serait exclusivement réservée, à vous tous, chanteurs et chanteuses de France, et vous peindriez et nous vous écouterions peindre. Le nirvana.

    Mais rassurez vous, il n'y a pas que les chanteurs que je déteste. Je hais toute l'humanité.
    J'ai été frappé dès ma naissance de misanthropie galopante. Je fais même de l'automisanthropie : je me fais horreur. Je me hais.

    Je vous hais, je hais toute l'humanité.

    Plus je connais les hommes, plus j'aime mon chien.
    Plus je connais les femmes, moins j'aime ma chienne.

    Je n'aime pas les racistes, mais j'aime encore moins les nègres.

    Je voue aux mêmes flammes éternelles les nazis pratiquants et les communistes orthodoxes.

    Je mets dans le même panier les connards phallocrates et les connasses du MLF.

    Je trouve que les riches puent et je sais que les pauvres sentent,
    que les charcutiers ont les yeux gras et les végétariens les fesses glauques.

    Maudite soit la sinistre bigote grenouilleuse de bénitier qui branlote son chapelet en chevrotant sans trêve les bondieuseries incantatoires dérisoires de sa foi égoïste rabougrie.
    Mais maudit soit aussi l'anticlérical primaire demeuré qui fait croacroa au passage de mère Teresa.

    C'est dur à porter, une haine pareille, pour un homme seul. Ça fait mal. Ça vous brûle à l'intérieur. On a envie d'aimer mais on ne peut pas.
    Tu es là, homme mon frère, mon semblable, mon presque-moi. Tu es là près de moi, je te tends les bras, je cherche la chaleur de ton amitié.
    Mais au moment même où j'espère que je vais t'aimer, tu me regardes et tu dis :
    - Vous avez vu Serge Lama samedi sur la Une ? C'était chouette...

    Aujourd'hui, ce matin même, j'ai cru rencontrer l'amour vrai, et une fois de plus ma haine viscérale m'a fermé le chemin de la joie.

    C'était une femme frêle aux yeux fiévreux. Son front large et rond m'a tout de suite fait pensé à Géraldine Chaplin.
    Elle avait le teint diaphane, les lèvres pâles et la peau d'une blancheur exquise, comme on en voit plus guère depuis que toutes ces dindes se font cuivrer la gueule à la lampe à souder pour se donner en permanence le genre naïade playboyenne émergent de quelque crique exotique, alors qu'elles ne font que sortir du métro Châtelet pour aller pointer chez Trigano.

    Elle non. Elle était évidente et belle comme une rose ouverte au soleil de juin.
    Dans la tiédeur ouatée de cette brasserie, elle paraissait m'attendre tranquillement, sur la banquette de cuir sombre où sa robe de soie légère faisait une tâche claire et gaie vers laquelle je me sentais aspiré comme la phalène affolée que fascine la flamme vacillante d'une bougie.
    Sans réfléchir, je me suis assis près d'elle.
    Pendant que je lui parlais, ses doigts graciles tremblaient à peine pour faire frissonner un peu le mince filet de fumée bleue montant de sa cigarette.

    - Ne dites rien. Je ne veux pas vous importuner. Je ne cherche pas d'aventures. Je n'ai pas de pensée trouble ou malsaine.
    Je ne suis qu'un pauvre homme prisonnier de sa haine, qui cherche un peu d'amour pour réchauffer son coeur glacé à la chaleur d'un autre coeur.
    Ne me repoussez pas. Allons marcher ensemble un instant dans la ville.
    Ouvrez moi votre âme l'espace d'un sourire et d'une coupe de champagne. Je ne vous demanderai rien de plus.

    Alors cette femme inconnue s'est tournée vers moi, et son regard triste et lointain s'est posé sur moi qui mendiais le secours de son coeur, et elle m'a dit, et je garderai à vie ses paroles gravées dans ma mémoire :
    - Je peux pas, je garde le sac de ma copine qui est aux ouaters.

    Je vous hais tous. J'en suis malade.

    Je suis allé voir un médecin. J'ai pris un taxi.

    Je hais les taxis.

    Il n'y a que deux sortes de chauffeurs de taxi : ceux qui puent le tabac, et ceux qui vous empêchent de fumer.
    Ceux qui vous racontent leur putain de vie, qui parlent, parlent, parlent, les salauds, alors qu'on voudrait la paix.
    Et ceux qui se taisent, qui se taisent, rien, pas bonjour, alors qu'on est tout seul derrière, au bord de mourir de solitude...
    Il y a ceux qui sont effroyablement racistes et qui haissent en bloc les femmes, les provinciaux et les émigrés...
    Et il y a ceux qui sont même pas français, qui sont basanés et qui ne savent même pas où est la place de la Concorde.

    Alors j'ai dit au docteur :
    - Docteur, je n'en peux plus. Je suis malade de haine. ce n'est plus vivable. faites quelque chose.
    Il m'a dit : "Dites 33" et il m'a collé des antibiotiques.

    Je hais les médecins.

    Les médecins sont debout. Les malades sont couchés.
    Le médecin debout, du haut de sa superbe parade tous les jours dans tous les mouroirs à pauvres de l'Assistance publique,
    poursuivi par le zèle gluant d'un troupeau de sous-médecins serviles qui lui collent au stéthoscope comme un troupeau de mouche à merde sur une blouse diplômée,
    et le médecin debout glougloute, et fait la roue au pieds des lits des pauvres qui sont couchés et qui vont mourir,
    et le médecin leur jette à la gueule, sans les voir, des mots gréco-latins que les pauvres couchés ne comprennent jamais,
    et les pauvres couchés n'osent pas demander, pour ne pas déranger le médecin debout qui pue la science et qui cache sa propre peur de la mort en distribuant sans sourciller ses sentences définitives et ses antibiotiques approximatifs comme un pape au balcon dispersant la parole et le sirop de Dieu sur le monde à ses pieds.
  10. Chapitre pieux. Non seulement Dieu n'existe pas, mais essayer donc de trouvez un plombier pendant le week-end. (Woody Allen)

    La nouvelle vient de tomber sur les téléscripteur. Sèche. Aride. En troit mots : "Dieu est mort". Dieu s'est éteint il y a moins d'une heure, en son domicile paradisiaque, à la suite d'une longue et cruelle maladie. Il était âgé de ... Il était âgé.
    Tout ce que l'on peut dire actuellement, c'est que le gouvernement, réuni en séance extraordinaire moins d'une heure après avoir appris la nouvelle, a décidé, en signe de deuil, d'interrompre pendant un quart d'heure les ventes d'armes que la France envoie traditionnellement au Tiers-Monde afin de contribuer en bonne place au génocide international.
  11. Chapitre mort. J'ai rencontré la mort. Si je vous dis où, vous n'allez pas me croire.
    J'ai rencontré la mort à l'angle du boulevard Sébastopol et de la rue Blondel.
    - Tu viens, chéri ?
    Je me doutais que la mort était femelle, mais pas à ce point.
    - Je ne veux pas, madame. Pas aujourd'hui. Aujourd'hui ça ne m'arrange pas de mourir. C'est bientôt Noël, n'est-ce pas, comprenez-moi. Je ne veux pas mourir aujourd'hui, madame. J'ai la sapin à finir ...
    - Ne sois pas idiot. Viens chéri. Si c'est le sapin qui te manque, je t'en donnerai, moi.
    - Mais puisque je vous dis que je ne veux pas mourir.
    - Pourquoi ?
    - Pardon ?
    - Sais-tu seulement pourquoi tu ne veux pas mourir ? Dit encore la mort.
  12. Chapitre vif. Après avoir humé prudemment de droite et de gauche l'air saturé de cahaleur électrique, [un] premier hippopotame dit à [un] autre :
    : - C'est marrant. Je n'arrive pas à me faire à l'idée qu'on est déjà jeudi.
    Passe le temps et passent les semaines. Les hippopotames ont le spleen.
    Les jours sont opaques. Les nuits sont de cristal, mais l'hiver nous les brise.
  13. Chapitre sourd. Cette histoire, je la dédie tout spécialement aux milliers d'aveugles qui me lisent et qui ont, j'en suis sûr mille fois plus d'humour que les faux-culs qui font l'aumône de leur pitié rabougrie en les batisant non-voyans avec une pudibonderie de bigots culs-pincés tout à faire répugnante. Mais qu'attendre d'autre de ce siècle gluant d'insignifiante où l'hypocrisie chafouine est instaurée en vertu d'État par la lâcheté des cuistres officiels qui poussent la fourberie jusqu'à chialer sur la Pologne en achevant du gaz aux Russes.
  14. Chapitre pitre. Peut-on rire de tout ?
    Peut-on rire avec tout le monde ?
    À la première question, je répondrai oui sans hésiter.
    Il faut rire de tout. C'est extrêmement important. C'est la seule humaine façon de friser la lucidité sans tomber dedans.
    S'il est vrai que ce rire-là peut parfois désacraliser la bêtise, exorciser les chagrins véritables et fustiger les angoisses mortelles, alors oui, on peut rire de tout, on doit rire de tout.
    À la seconde question, je répondrai : c'est dur.
    C'est quelquefois au-dessus de mes forces, dans certains environnements humains : la compagnie d'un stalinien pratiquant me met rarement en joie. Près d'un terroriste hystérique, je pouffe à peine, et la présence à mes côtés d'un militant d'extrême droite assombrit couramment ma jovialité monacale.
  15. Chapitre quinze. Pour savoir si Nantes est bien en Bretagne, nous allons procéder scientifiquement. Car c'est seuleument de la Science que peut jaillir le lumière.
    Cela, nous le savons, et pas seulement de Marseille. Sans la Science, misérable vermisseaux humains, combien d'entre nous connaîtraient maître Capello ?
    Et s'il n'y avait pas la Science, malheureux cloportes suinrants d'ingratitude aveugle et d'ignorance crasse, s'il n'y avait pas la Science, combien d'entre nous pourraient profiter de leur cancer pendant plus de cinq ans ?
    Portons la nantaise à ébullition. Que consatons-nous ?
    Nous constatons que la nantaise est biodégradable. De cette expérience nous pouvons immédiatement tirer une conclusion extrêmement riche en enseignements, que je résumerai en un phrase : nantaise bouillue, nantaise foutue.
  16. Chapitre vert. C'est en 1635 que Richelieu Drouot créa l'Académie française.
    Pourquoi ce nom d'Académie française ? C'est la question que tout le monde se pose sauf les académiciens français qui s'en foutent, du moment qu'ils n'ont pas froid aux genoux et qu'ils peuvent brouter tranquillement leurs crayons sous leur pupitre.
    Pourquoi Académie française ? Eh bien justiment, pour éviter que les bougnoules étrangers ne vinssent poser leur cul basané sur les bancs des Français.
    Pourquoi Académie ? Là, c'est plus compliqué. Je vous demande à tous un effort d'attention. Vous n'allez pas être déçus.
  17. Chapitre plume. Aussi profonde et grave soit la douleur du poète, il faut savoir que quand on met un pétard allumé dans la culotte de Lamartine, il a l'air moins romantique.
    - (Toto Ruggieri, introd. aux Méditations poétiques.)
    Un, deux, un, deux, un, deux, un, deux, un, deux, un, deux, un, deux.
    - Général Gamelin, Ma vie.
    Françaises, français, aidez-moi !
    C. de Gaulle, Partouze à Colombey.
    À la question : Les éditeurs sont-ils un mal nécessaire ?
    100% des maquereaux de Pigalle interrogés répondent : Oui, bien sûr. Si y a personne pour les pousser au cul, les livres y restent dans la rue au lieu de monter dans les étages.
  18. Chapitre femelle. Vous m'apparûtes sur l'écran, mon amour - vous permettez que je vous appelle mon amour ? Je crus défaillir.
    Je sentis le fa se dérober sous mes pas alors que, normalement, c'est le sol. Mes bras tremblaient, mes jambes flageolaient au gigot, c'est tellement meilleur, bref mes membres, je veux dire la plupart de mes membres, mollissaient.
    Cette femme m'a rendu fou. Vous m'avez rendu fou, délicieux petit cabri sauvage indomptable. Ah ! femme étrange. N'abrites-tu point, sous la robe austère de la speakerine, la plus fine petite culotte de soie noire sauvage qui, comme un écrin de pétales veloutés d'orchidées sauvages, maintient dans la chaleur moitée de son duvet tendre les plus exquises rondeurs charnelles finement duveteuses où la tiédeur exangue de l'été finissant a laissé la dorure attendrie de ses rayons ultimes poser son sourire de cigale sur ton corps alangui que ma détresse exalte au soir de solitude où tu me laisses anéanti d'impuissance et totalement dérisoire devant cet écran glacé où je me cogne en vain, comme le papillon de nuit aveugle en rut se calcine la zigounette sur l'ampoule brûlante où la phalène poudrée l'attend les ailes offertes et le ventre palpitant pour une partie de trompe en l'air.
  19. Chapitre fou. C'est vrai que la chair est faible. Cette nuit j'ai fait un rêve étrange et pénétrant par là. J'ai rêvé de Bernadette Lafont (1).
    C'est pourquoi aujoud'hui j'ai du mal à me concentrer.
    (1) Bernadette Lafont : bombe thermonucléaire et multimammaire capable de faire bander un arc-en-ciel ou de détourner un boutonneux communiste de la ligne de Moscou.
    Je le jure, pour moi, la femme est beaucoup plus qu'un objet sexuel. C'est un être pensant comme Julios Iglesias ou moi, surtout moi.
    Pourtant, quand j'évoque Bernadette Lafont, je n'arrive pas à penser à la forme de son cerveau.
    Rien au monde ne pourra jamais libérer mon esprit prionnier de vos charmes inouïs, madame : vos yeux étranges et malicieux, où je m'enfonce comme dans un bain de champagne incroyablement pétillant, votre poitrine amplement arrogante, véritable insulte à l'usage du lait en poudre.
  20. Chapitre fin. Dans la fraîcheur ouatée de la cathédrale, Dieu ne m'est pas apparu parmi la cohorte bigoteuse des batraciennes et des batraciens de bénitier qui éructaient sans y croire les psaumes arides de leur foi moribonde avant de retourner se vautrer devant l'école des fans pour oublier les enfants du Tiers-Monde.
    Alors j'ai pensé que Dieu était encore mort, ou qu'il avait baissé les bras, et je me suis dit que, si j'était lui, ça ne se passerait pas comme ça.
    Oh non, ça ne passerait pas comme ça, nom de moi de bordel de moi.
    Une chose est certaine. SI j'étais Dieu, et si je devais créer le terre, je m'y prendrais tout autrement.
    J'abolirais la mort et Tino Rossi.
    Certes, je n'abolirais pas la mort pour tout le monde.
    En effet, il me plaît de penser que, si j'étais Dieu, il me serait infiniment agréable de conserver le statut de mortels aux bigots de toutes les chapelles, aux militaires de carrière, aux militants hitléro-marxistes, aux lâcheurs de chiens du mois d'août, aux porteurs de gourmette et aux descendants de Tino Rossi dont rien ne permet de penser qu'il hériteront de leur géniteur le moindre talent roucoulophonique, mais enfin on se sait jamais.