Patrick Timsit : Les enfants
C'est comme les enfants.
Les enfants, c'est tabou.
Je vois le mien, je ne sais pas si c'est de famille, mais il me fait tout le temps la gueule.
Sous prétexte que je ne vais plus à la kermesse de son ecole.
Excusez-moi, mais ces spectacles, c'est de la merde !
C'est mal joué, les costumes sont pourris !
J'ai beaucoup de tendresse, beaucoup d'affection pour lui, mais tout le monde n'a pas le talent de Mozart à 5 ans !
Faut le dire ! Et je lui ai dit: "Ton Robin des Bois, c'est de la merde !"
Il l'a mal pris !
Excusez-moi d'avoir un minimum d'exigence artistique !
Je ne crois pas que conforter cet enfant dans sa mediocrité, va l'aider à progresser.
Si le père de Faudel avait fait son boulot, on n'en serait pas là.
Faut arrêter d'être à genoux devant les enfants !

Je vais vous dire un truc qui va peut-être vous choquer.
Faites-moi confiance. On se connaît un petit peu, maintenant...
Les enfants, - c'est grave ce que je vais dire -, oui, LES ENFANTS SONT RADINS !
Ah si ! Tous !!!
Jamais ils ne te paient un truc...
Le resto, c'est pour bibi.
Le mien, chez McDo, au moment de l'addition, y a personne !
Ça regarde les clips, ça va faire pipi...
Le radin, le gros rapiat typique !
Avec sa connerie, il m'a rendu complètement con.
Du coup, je fais comme lui, j'attends qu'il paye.
- "Non, j'ai rien pris. J'ai oublié.
Monsieur a peur de casser un billet ?"
- "Mademoiselle, vous acceptez les dessins ? Non ?"
- " Bizarrement, ils ne prennent pas les dessins.
Dépêche-toi, pépère, y a du monde qui attend.
Tout le monde n'est pas en moyenne section !
Tu te rends compte que si j'avais adopté un Chinois à ta place, à 5 ans, il travaillerait déjà ! Et il paierait !
Et sa Nintendo, c'est lui qui l'aurait fabriquée !"
Et qu'est-ce qu'il fait, le radin ?
Il rigole et il me fait un bisou.
Il paye en bisous, l'escroc.

C'est ma femme qui a eu la garde de l'enfant. Inexplicablement.
Au tribunal, c'est moi qui avais demandé la garde du gamin, avec une pension alimentaire, expulsion du territoire, assortie d'une peine de prison avec sursis.
J'ai rien obtenu.
Si : la pension alimentaire.
J'avais demandé 8 000 euros, j'ai eu 800.
Mais c'est moi qui paye.
Justice aveugle !

Un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires.
48 heures tous les 15jours...
Mais ce gamin, je vais le voir beaucoup plus que quand j'étais avec sa maman...
J'ai demandé au juge : - "Mais 48 h avec sursis ? J'ai fais une connerie ?"
- "Non, c'est 48 h ferme !"

Elle cherche quoi ?
À se dèbarrasser de son môme une fois tous les 15 jours ?!
Mais je vais faire appel !
Je vais aller en cassation à la Cour européenne de justice, à Nuremberg !
Si elle veut se retrouver dans une cage en verre, jugée par des gens qui traduisent tout en allemand, elle n'a qu'à le dire.

Un week-end sur deux, d'accord, mais alors, attention !
Quand c'est mon week-end, c'est moi qui l'éduque.

Le samedi matin, elle vient lui donner son petit-déjeuner... et elle se casse !
Après, je me lève et je m'en occupe.
Je le mets devant la télé.
Le midi, elle vient, elle lui donne à manger... et elle dégage. !
Après, je m'en occupe : je lui fais faire sa sieste.
Le soir, elle vient, le bain, à manger, dodo... et elle degage !
On est "séparés", je vous le rappelle...

- "Justice scèlèrate ! Justice des forts !
Primo Levi, reviens ! Ils sont devenus fous !"

Oui, là, je délire un peu...

Ce qui est très compliqué, aussi, quand on se séparé, c'est qu'il faut absolument protéger l'enfant.
J'y fais très attention.
Je lui dis toujours : - "Ta maman, c'est la meilleure maman du monde.
Par contre, le monsieur qui dort dans son sexe, c'est un salopard..."
C'est de la psychologie, hein !
Faut jamais mentir aux enfants !
Je m'y connais en psychologie.
J'ai lu tout Dolto.
Pas la mère, le fils...
C'était quand même plus accessible, avec des chemises à fleurs.
Un week-end sur deux, ça veut dire 13 jours sans le voir.
C'est long...
Le vendredi, quand il arrive, s'il t'appelle "papa", c'est bon signe : il a de la mémoire !
S'il t'appelle "gros con", c'est sa mère qui a de la mémoire...
Du coup, mon bout de chou, le 1er week-end où je l'ai eu, c'était au bout de 6 mois de procédures.
Un vendredi soir, ça sonne.
Je me dis que c'est le livreur de Lexomil Hut.
Vous connaissez Lexomil Hut ? Important, en cas de séparation.
C'est comme Pizza Hut, mais en Lexomil.
Avec la sauce au Prozac, c'est pratique.
Donc, je vais ouvrir la porte, et là, un nain !
- "Arrête de jouer avec la sonnette !"
Je ne l'avais pas reconnu !
Incroyable ce que ça change à cet âge-là !

Au début, on se savait pas trop quoi se dire, et après, on a familiarisé...
Et après le voisin a sonné, complètement affolé : il cherchait son fils partout.
Il m'a rendu le mien.
J'lui ai rendu le sien..

Un autre père séparé.
On a le même week-end !
Waouh, ça a du jus, un gamin ! Ça court! Ça a du gaz!
Mais il était stressé ?!
Complètement, et je ne savais pas quoi faire !
Pour le déstresser, j'ai essayé des trucs qui marchent avec moi : Je l'ai mis à la clope !
Le dimanche, quand je l'ai amené au square, après ses 2 paquets de clopes, ça cavalait moins !!!

Pareil, il dormait mal, je l'ai mis à la vodka.
Il me fait des nuits de 14 heures...

Ce qui est très compliqué aussi quand on est un père séparé, c'est d'avoir une nouvelle relation amoureuse.
À une jeune femme sublime : - "On se voit ce week-end ?"
- "Merde ! Bordel de chiottes, j'ai mon gamin !
Je veux dire, ce week-end, ça tombe mal, parce que j'ai la chance d'avoir mon fils, ma vie, ma bataille."
La jeune femme, je ne l'ai vue que le week-end d'après.
Sauf que tu gardes le rythme.
La jeune femme, je l'ai reveillee à 7h du matin et je l'ai collée devant Disney Channel.
Le midi, je l'ai emmenée chez McDo, une bonne sieste.
Là, elle s'est mise à pleurer.
Soi-disant, elle n'avait pas sommeil !
Oh, faut pas se laisser faire !
Je l'ai engueulée. Après, ils sont ronchons, ils ne dorment plus !
Et puis après la sieste, on a regardé Scoubidou. 3 fois.
A 19 h 30, jambon-coquillettes.
Je ne l'ai jamais revue....
Je ne sais pas pourquoi....

Mais j'ai appris.
J'ai beaucoup appris.
Je sais que je pourrai élever correctement un autre enfant... sur deux...
(c) Patrick Timsit