La journée d'un fasciste
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Oui, je sais, comme disait Gabin, oui, je sais que l’extrême droite ce n’est pas le fascisme.
Mais on a quand même le droit d’être fasciste, même si on est pas d’extrême droite, merde !
Ne m’énervez pas.... C’est vrai, quoi, dès que vous dites : « je suis fasciste », les gens vous regardent d’un mauvais œil...
Alors qu’il suffit de ne pas le dire et personne ne s’en aperçoit.

Savez-vous ce que nous voulons ? Eh bien, je vais vous le dire : une société parfaite !
Une société où les chiens font où on leur dit de faire, où il n’y a pas de grèves, où les partis politiques viennent pas nous beurrer la raie à la télé, où les travailleurs immigrés sont là pour travailler et non pas pour se goinfrer de couscous et de morue, où les riches doivent être contents d’être riches et les pauvres contents d’être pauvres, où tout le monde doit être uni contre tous les autres ! Où l’oncle doit être marié avec la tante.
Une société parfaite, c’est une société où l’on ne rit pas bêtement. Voilà.

J’ai été élevé dans une ambiance fasciste et si je respecte mes parents, c’est grâce à eux.
Mais je suis sûr que vous vous demandez comment un nazi peut vivre heureux au milieu de cette pagaille.
Eh bien, c’est très simple, je peux vous dire ce que j’ai fait hier :

  •  5 heures     du matin : Je saute de mon lit en fer où je dors sur des clous.
    Mon réveil automatique me chante « Heil li, heil lo, heil la ».
    Encore endormi, je salue le portrait du Fürer qui est juste au-dessus de mon lit en fer avant de me laver les dents avec une brosse...
    .... en fer également.
  •  6 heures     : Petit déjeuner composé de saucisses de Francfort, pommes de terre, choucroute et bière à volonté.
  •  7 heures     : J’achète "Minute", pour me tenir au courant de ce qui se passe dans le monde chaque minute.
  •  8 heures     : Je relis "Mein Kampf", puis je pars déjouer les complots contre mon pays.
    Je me rends aujourd’hui à la brasserie munichoise, rue de Verdun. Il fait plus de 5 degrés, j’ai très chaud. Je bois deux bières.
  • 10 heures     : Il fait une chaleur infernale (7 degrés) et je fais remarquer gentiment au barman qu’il est arabe mais c’est pas une raison pour être si long à me servir une septième bière.
  •    Midi       : Après avoir entendu dire du mal de la France dans cette brasserie, je rentre chez moi, écœuré.
  • 13 heures     : Mon concierge portugais me dit bonjour, je ne lui répond pas comme d’habitude.
  • 14 heures     : Pendant que la choucroute cuit, je bois une mousse en écoutant du Wagner, puis je prépare une pétition afin de faire expulser le Noir du sixième, ainsi que le concierge portugais et toute sa famille, parce qu’il a fermé la porte de l’immeuble à dix heures cinq au lieu de dix heures.
  • 15 heures     : Je reçois un coup de fil anonyme qui me dit « Salaud, on aura ta peau ».
    Je suis sûr que c’est le Noir du sixième sur la porte duquel j’ai gravé une croix gammée à la hache. Je l’emmerde.
    Puis je mets mon manteau de cuir noir avant de me rendre chez le tatoueur.
  • 16 heures     : Je rentre chez le tatoueur pour me faire un tatouage du Fürer sur l’omoplate droite.
    La séance commence mais au bout de cinq minutes, les douleurs sont intenables.
    Je serre les dents sur le goulot de ma canette, l’amour du Fürer demande beaucoup d’abnégation.
    Tout d’un coup, horreur ! Je m’aperçois que la chaîne que le tatoueur porte à son poignet est gravée de son nom : Lévy.
    Lévy ! J’ai du mal à contenir un cri de rage. L’aiguille me fait de plus en plus mal.
    Je suis torturé par un Juif ! J’ai mal, c’est long...Pourvu qu’il ne s’aperçoive pas de mon admiration pour les allemands.
  • 18 heures     : Je ne peux plus bouger mon bras droit. Les douleurs sont insupportables.
    Je prends le métro. Dans un couloir un affiche d’Amnesty International provoque en moi une haine sanguinaire.
    Je sors mon gros feutre noir de ma poche pour exprimer ma rage, mais j’ai du mal à écrire avec ma main gauche.
    Alors, après avoir fait des pâtés sur l’affiche, j’arrête un passant et je lui demande gentiment de marquer dessus avec mon feutre :
    - « Mort aux juifs et aux bougnoules »
    Le type me demande en rigolant : "Bougnoules, ça prend deux « l » ?", et paf : il me balance un coup de tatane dans les tibias.
  • 19 heures     : Tombé à terre, j’ai mal partout. Une main charitable me porte secours.
    C’est la main d’un policier qui me demande ce qui se passe.
    Je lui dit : « J’ai empêché un salaud d’écrire des injures sur l’affiche. »
    Il me répond : « Vous n’êtes pas seul dans ce cas là, hélas ! »
  • 20 heures     : Je me traîne en boitant devant la Brasserie Munichoise.
    Je tombe sur la belle Elsa, ses cuissardes et son berger allemand.
    Elle me dit ; « Ça fait longtemps que je t’ai pas vu. Tu montes ? ».
    Je lui répond : « Oui, j’ai besoin d’amour ».
  • 20 heures 30  : Je donne ma matraque à Elsa, je m’allonge sur son matelas sordide et je lui dit :
    - « Achève-moi, salope, ça va me détendre ».
    Elle retire son manteau de renard, elle n’a plus que ses cuissardes et son porte-jarretelles puis elle commence à m’écraser la gueule à coup de matraque.
    Je lui dit : « C’est bon, c’est bon ! Ça me fait du bien quand tu me fais du mal ! ».
    Elle me dit : « Hein, t’aimes ça, salaud !?"
    Je lui répond : « Oui, oui, puis dis à ton chien de mordre aussi ! ».
  • 21 heures     : Le chien ne m’a pas loupé. Je suis en lambeaux mais je n’ai jamais aussi bien fait l’amour de ma vie.
  • 22 heures 5   : J’arrive à quatre pattes devant la porte de mon immeuble et elle est fermée !
    J’ai oublié la clé, merde ! Et ce con de Portos qui a fermé à l’heure !
    Fou de rage, je balance des coups de tatane dans la lourde, mais il fait semblant de ne pas m’entendre, l’enflure !
  •   Minuit      : Je tombe de fatigue et de sommeil, et je me couche dans une poubelle après avoir vomi.
  •  4 heures     du mat : J’ai des frissons. J’entends la porte qui s’ouvre, c’est le Noir du sixième qui part au boulot.
    Je hurle : « Laissez la porte ouverte ! ».
    Il me dit : « Je ne réponds pas aux gens qui me parlent d’une poubelle », et paf ! Il me claque la porte au nez.
    Quel salaud ! Les gens de cette espèce-là, il faudrait s’en débarasser une bonne fois pour toutes.
    Il y a de plus en plus d’étrangers dans le monde... !

  • (c) Luis Régo.
    Extrait de l'émission de radio "Le Tribunal des flagrants délires" du 28 septembre 1982 sur France Inter, avec comme invité Jean-Marie Le Pen