FLORENCE FORESTI  :  Les Horaires de bureaux


Euh... Bien. Alors... En tout cas, je suis crevée. Mais bon. On s'en fout.
J'ai 14 ans. Ouah ! Il y en a pas beaucoup qui sont allés à la cantine.
Je suis crevée, mais en même temps, je vais reprendre du poil de la bête.

Ça me fait super plaisir d'être là.
Non, je déconne.
Ça me fait plaisir, mais je travaille, quand même. Vous, vous êtes au spectacle. Mais moi, je bosse.
Tous les artistes commencent par : "Ça me fait plaisir !"
Au bureau, le matin, vous faites pas : "Ouah ! Ça va ! Je vais à la photocopieuse. Ouais !!!"
C'est quand même sympa, comme travail.

Je sais de quoi je parle, parce qu'à une epoque, je travaillais aussi.
Comme vous, j'avais un vrai travail avec un ordinateur, des crayons, un presse-papier. Ouah !
Un collègue avec des pellicules sur sa veste. C'était sympa. C'était bien. Moi, je me suis bien marrée.

Mais le truc terrible, c'étaient les horaires. Enfin, les horaires matinaux.
Sinon, tout ce qui était horaires de fin de journée, j'étais très ponctuelle. J'étais dans les premières, comme ça, prête.
Mais l'heure officielle d'arrivée sur mon contrat, c'était 9h. J'ai jamais réussi.
Je sais pas si ça vous fait ça aussi, mais quand vous êtes en retard, vous vous speedez, mais tant que le reveil chez vous n'affiche pas 9h pile, vous croyez que vous pourrez vous en sortir.
Genre, il est 8h57, t'es au lit. Pas lavée, pas maquillée, pas "cafèinèe", rien, et tu crois que tu vas pouvoir y arriver. En trois minutes.

"8 h 57 ? Je suis large !!!... Oh... Je peux le faire : Je me lave pas, j'enfile une djellaba...
Je peux le faire. Je suis en avance. Je dors jusqu'à 58..."

C'est bizarre comme le temps file, le matin.
On dirait qu'un mec se fout de notre gueule et accèlère. Ça m'énerve.
C'était toujours pour ça que j'arrivais à l1 h. Ça, ça craint.
Si ça vous arrive un jour, essayez de faire croire que vous êtes là depuis 2 heures.
N'arrivez pas avec le manteau, les clés de bagnole, le sac... Ben non.
Il faut arriver bien actif, "Ça va ? "J'étais au 2ème, à la compta. Ils m'ont gardée 2 heures. Ils sont cons, ces comptables. Tu vas bien ?
Avec la grosse marque de l'oreiller, là, comme ça. C'était affreux !

Un truc qui finissait par me trahir, marque de l'oreiller ou non, c'était ma voix.
Mon "Bonjour" du matin, à 9 h ou l1 h, c'est...
- (Voix rauque). "Bonjour. Ça va ?
- Oui, très bien. Merci."
J'étais vite grillée.

Une autre chose que j'aimais pas dans les bureaux, c'était le telephone. Je l'utilisais pour mes appels perso.
Mais beaucoup trop. J'ai été convoquée par mon patron.
Il m'a dit: "Pourquoi vos notes de telephone sont plus elevées que les miennes ?"
Je lui ai dit : "Ben, patron, il faut se mettre au boulot !!! Ho ! Il fut y aller, mon vieux ! Les clients vont pas venir tout seuls !..."

C'est là que s'acheva notre collaboration...
Mais je suis contente d'en avoir fini avec ça...

(c) Florence Foresti. Extrait de "Florence Foresti fait des sketches à La Cigale" (sketch 4/12)